Thématique d’impact : Gestion Environnementale et Circularité (GEC)
Thématique d’impact des nouveaux standards de B Lab : Gestion Environnementale et Circularité (GEC). Par Brigitta Nemes, Senior Environmental and Governance Standards Manager.
Depuis 2006, les standards établis par B Lab définissent les performances qu’une entreprise doit atteindre et améliorer en continu pour obtenir et conserver la certification B Corp. Ils ont évolué au fil des années pour renforcer leur impact et clarifier ce que signifie être une entreprise à impact positif, en intégrant les retours d’une large diversité de parties prenantes.
Aujourd’hui, les nouveaux standards de B Lab s’articulent autour de sept thématiques d’impact. Pour répondre à leurs objectifs, ils fixent des exigences minimales et spécifiques dans chacune de ces thématiques. Conçus dans la continuité des standards existants, ils introduisent de nouvelles thématiques d’impact et font évoluer certaines exigences déjà en place, afin de renforcer l’impact positif des entreprises.
Ils incarnent le principe fondateur de la communauté B Corp : l’amélioration continue.
Décrivez la thématique d’impact en quelques mots :
Les entreprises doivent évaluer leurs impacts environnementaux et mettre en œuvre des actions significatives pour les réduire dans leurs activités et leur chaîne de valeur.
Quel est l’objectif de cette thématique d’impact, et pourquoi est-elle essentielle aujourd’hui ?
Nous sommes arrivés à un point où les actualités faisant état de tempêtes, d’inondations, de sécheresses ou d’incendies records ne nous surprennent presque plus. Mais la crise climatique n’est qu’un symptôme d’un déséquilibre bien plus profond. Nos systèmes économiques actuels ont conduit la planète au-delà de six des neuf limites planétaires, parmi lesquelles la transformation des sols, les ressources en eau douce et l’intégrité de la biosphère, essentielles à la stabilité de la Terre. Un million d’espèces sont menacées d’extinction, et pourtant nous continuons d’introduire dans l’environnement de nouvelles substances nocives – microplastiques, pesticides, déchets nucléaires – qui déstabilisent encore davantage les écosystèmes dont nous dépendons.
Il est temps de repenser notre relation à la nature. Nous ne sommes pas extérieurs au Vivant, nous en faisons pleinement partie. Les entreprises, les communautés et les économies entières dépendent d’écosystèmes sains pour fonctionner. Reconnaître cette interdépendance n’est pas un simple changement de regard : c’est un appel à réinventer notre manière d’agir au sein de l’environnement.
Comment cette thématique a-t-elle évolué au fil du processus d’élaboration, et quels éléments ont influencé ces évolutions ?
La prise en compte de la nature dans les modèles économiques s’est accélérée, notamment depuis l’adoption du Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal en décembre 2022. Cet accord, qui engage 196 pays à stopper l’érosion de la biodiversité d’ici 2030 et à vivre en harmonie avec la nature d’ici 2050, a renforcé les attentes envers les entreprises, qui doivent désormais évaluer et rendre compte de leurs impacts sur la nature et le Vivant.
De nouvelles réglementations, comme la directive européenne sur la publication d’informations en matière de durabilité des entreprises (CSRD), et des cadres volontaires tels que la Taskforce on Nature-related Financial Disclosures (TNFD) et le Science Based Targets Network (SBTN), incitent les entreprises à comprendre leurs impacts environnementaux et à agir. Dans ce contexte, cette nouvelle thématique d’impact demande aux entreprises d’évaluer leurs impacts environnementaux matériels dans l’ensemble de leurs activités et de leurs chaînes d’approvisionnement : il ne s’agit plus d’une démarche volontaire, mais d’une responsabilité centrale pour les entreprises.
La législation pousse également les entreprises à adopter des pratiques de diligence raisonnable, à l’image de la directive européenne sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (Corporate Sustainability Due Diligence Directive ou CSDDD) ou du règlement européen sur les produits exempts de déforestation. Ces réglementations renforcent l’exigence de comprendre et de maîtriser les impacts environnementaux réels et potentiels des chaînes d’approvisionnement.
Dans cette dynamique, cette thématique d’impact met l’accent sur le renforcement de la traçabilité, notamment pour les matières premières à haut risque, connues ou suspectées de causer des dommages environnementaux majeurs. Elle insiste également sur l’importance d’impliquer les fournisseurs pour prévenir et atténuer ces impacts négatifs.
Parallèlement, les pratiques d’économie circulaire jouent un rôle de plus en plus essentiel pour lutter contre le changement climatique et l’érosion de la biodiversité. Pourtant, les pratiques circulaires des entreprises font l’objet d’une vigilance accrue, dans la mesure où la recyclabilité est souvent présentée comme la principale action circulaire. Or, l’économie circulaire ne se résume pas au recyclage, ce qui soulève des inquiétudes quant aux risques d’écoblanchiment (voir les différences entre recyclage et économie circulaire expliquées par la Fondation Ellen MacArthur).
Cette thématique d’impact renforce donc l’accent mis sur la hiérarchie des actions circulaires, en encourageant les entreprises à privilégier l’utilisation de matériaux renouvelables, réemployés ou recyclés plutôt que de matières premières vierges, et à éliminer les produits et emballages à usage unique. Ces pratiques doivent s’inscrire dans une stratégie plus large de réduction de la pression sur les ressources naturelles et d’amélioration continue, en progressant dans la hiérarchie des actions circulaires.
Quelles sont les exigences de cette thématique d’impact qui vous semblent les plus impactantes – et pourquoi ?
Ce qui me semble le plus impactant dans cette thématique, c’est l’exigence d’identifier et d’évaluer ses impacts environnementaux matériels, à la fois dans ses activités propres et dans sa chaîne de valeur. Cette approche est essentielle à mesure que le Vivant approche d’un point de bascule.
En rendant cette évaluation obligatoire pour toutes les entreprises, la thématique permet à chacune de concentrer ses efforts là où ses impacts négatifs sont les plus significatifs. Cela favorise des actions plus ciblées et plus pertinentes, qui répondent aux vrais enjeux environnementaux, au lieu de se limiter à des démarches partielles ou accessoires.
En quoi cette nouvelle thématique d’impact s’inscrit-elle dans la continuité des standards existants ?
Cette nouvelle thématique d’impact s’appuie sur les bonnes pratiques environnementales déjà présentes dans les standards existants. Les entreprises y retrouveront des thématiques familières, comme le suivi de la consommation d’eau et d’énergie, ou encore la gestion des déchets. Un autre point de continuité essentiel est l’attention portée aux impacts environnementaux tout au long de la chaîne d’approvisionnement.
Par ailleurs, cette thématique renforce l’importance des pratiques circulaires : elle encourage les entreprises à privilégier des matières premières à faible impact environnemental et à concevoir leurs emballages dans une logique de circularité.
Quels sont les principaux axes de progression pour les entreprises ?
Certains des concepts ci-dessous peuvent encore être nouveaux pour les entreprises, mais ils sont essentiels pour engager des actions porteuses de sens :
- Évaluation des impacts environnementaux matériels : Les entreprises de taille moyenne et plus (dans tous les secteurs, à l’exception des services à faible empreinte) devront réaliser une évaluation pour identifier leurs principaux impacts environnementaux. Pour les accompagner dans cette démarche, plusieurs ressources pour la mise en œuvre sont mises à disposition afin de les guider pas à pas et de clarifier les résultats attendus.
- Un plan de transition pour la biodiversité pour les grandes entreprises : Dans le cadre des efforts mondiaux visant à stopper et inverser la perte de biodiversité d’ici 2030, les grandes entreprises devront élaborer un plan de transition spécifique à la biodiversité. Conscients qu’il s’agit d’un domaine encore émergent, l’accent sera initialement mis sur la collaboration avec les fournisseurs de matières premières les plus à risque. Des objectifs plus larges couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur seront introduits progressivement, dans une logique d’amélioration continue.
- Secteur des services à faible empreinte pour l’évaluation des clients et projets : Ces entreprises devront mettre en place un processus permettant d’évaluer les impacts environnementaux négatifs potentiels liés à leurs clients et projets. Elles devront également prendre des mesures d’atténuation appropriées lorsque cela s’avère nécessaire. Des ressources et des exemples concrets sont prévus pour les accompagner dans la mise en œuvre de cette démarche.
- Prise en compte des impacts environnementaux dans les achats pour les petites entreprises : Ces entreprises sont invitées à intégrer la dimension environnementale dans leurs décisions d’achat. Des ressources sont prévues pour les aider à déterminer quels impacts sont matériels et leur proposer des exemples d’actions d’atténuation adaptées.
- Renforcement de la traçabilité dans les chaînes d’approvisionnement pour les grandes entreprises : Pour ces entreprises, les impacts environnementaux les plus importants se situent souvent au sein de la chaîne d’approvisionnement. Bien que la traçabilité de ces impacts soit complexe, il est essentiel de mettre en place un plan clair, assorti d’échéances, pour suivre l’origine et les impacts environnementaux potentiels des matières premières à haut risque. L’évaluation des impacts environnementaux prévue dans cette thématique d’impact permet aux entreprises d’identifier leurs principaux impacts matériels et de déterminer les fournisseurs prioritaires sur lesquels se focaliser.
Quel conseil clé donner aux entreprises engagées dans la mise en œuvre des nouveaux standards et notamment sur cette thématique ?
Commencez par identifier les impacts environnementaux les plus significatifs de l’entreprise, que ce soit dans ses activités propres ou dans sa chaîne de valeur, y compris les impacts négatifs potentiels sur le bien-être animal. Voici quelques ressources utiles pour engager cette démarche :
- Les plus petites entreprises peuvent s’appuyer sur le guide commun élaboré par B Lab et Fairtrade International :
- Les entreprises de taille Moyenne et Grande peuvent s’appuyer sur différentes ressources, notamment :
Accompagnement à l’onboarding et définition des objectifs pour les entreprises (Science Based Targets Network) – Ressources techniques pour l’Étape 1 : Évaluer
Accompagnement à l’onboarding et définition des objectifs pour les entreprises (Science Based Targets Network) – Ressources techniques pour l’Étape 2 : Prioriser
Guide pour l’identification et l’évaluation des enjeux liés à la nature : la méthode LEAP
Actions prioritaires des entreprises en faveur de la nature (Business for Nature).
Comprendre ses principaux impacts environnementaux permet de prioriser les actions et de concentrer les efforts de l’entreprise là où ils sont les plus utiles.
FAQ
Qu’est-ce qui est principalement attendu des entreprises B Corp dans cette thématique d’impact ?
Les entreprises B Corp font preuve d’une gestion environnementale responsable et contribuent à l’économie circulaire dans leurs activités et leur chaîne de valeur, en réduisant leurs impacts négatifs et en poursuivant des impacts positifs.
Quelles sont les principales différences entre les standards actuels et les nouveaux standards concernant la gestion environnementale et la circularité ?
L’évolution majeure concerne l’évaluation des impacts environnementaux : cette démarche, auparavant volontaire, devient désormais attendue pour toutes les entreprises (à l’exception des petites entreprises et des entreprises du secteur des services à faible empreinte). Elles devront identifier leurs impacts environnementaux réels et potentiels dans leurs activités et leur chaîne de valeur.
La thématique renforce également les attentes autour de la stratégie environnementale des entreprises, en mettant davantage l’accent sur la hiérarchie des actions, notamment en matière de circularité et de biodiversité.
Enfin, une nouvelle exigence s’applique aux entreprises du secteur des services à faible empreinte : elles devront évaluer les impacts environnementaux négatifs potentiels liés à leurs futurs clients et projets, et mettre en place des mesures d’atténuation adaptées.
Comment les standards liés à la gestion environnementale et à la circularité prennent-ils en compte les contextes variés des entreprises ?
Les standards sont adaptés à la taille et à l’activité des entreprises. Les petites entreprises peuvent concentrer leurs efforts sur la réduction de leurs impacts, sans être tenues de développer une stratégie environnementale formalisée, souvent trop lourde à mettre en place à leur échelle.
Les attentes sont renforcées pour les grandes entreprises. Par exemple, elles doivent se doter d’une stratégie spécifique de gestion de l’eau et d’un plan de transition pour la biodiversité.
Les exigences relatives à la chaîne d’approvisionnement deviennent également plus précises : les petites entreprises doivent démontrer qu’elles prennent en compte les impacts environnementaux dans leurs pratiques d’achat, tandis que les grandes entreprises doivent engager leurs fournisseurs dans des démarches d’atténuation des impacts environnementaux négatifs, réels ou potentiels, et établir une feuille de route de traçabilité pour les matières premières à haut risque.
Enfin, pour les entreprises du secteur des services à faible empreinte, les exigences portent principalement sur l’évaluation des impacts potentiels liés aux clients et aux projets sur lesquels elles choisissent de travailler.
NOTES:
¹ Thématiques matérielles : désignent les impacts les plus significatifs d’une organisation sur l’économie, l’environnement et les personnes, y compris sur leurs droits humains (GRI-Material topics).
² L’économie circulaire vise à réduire la pression exercée sur les ressources naturelles à un niveau compatible avec les seuils écologiques et respectueux du bien-être des autres parties prenantes qui dépendent de ces ressources. Elle repose sur des processus industriels et des activités économiques conçus pour être réparateurs ou régénérateurs, qui permettent aux ressources utilisées de conserver leur plus grande valeur le plus longtemps possible, et qui visent à éliminer les déchets grâce à une meilleure conception des matériaux, des produits et des systèmes (adapté de l’EPA et de la Fondation Ellen MacArthur, avec des ajustements pour la certification B Corp).
³ Matériau renouvelable : matériau qui se régénère continuellement à un rythme égal ou supérieur à celui de son utilisation. Parmi les matériaux renouvelables figurent par exemple le coton, le chanvre, le maïs, le bois, la laine, le cuir, les sous-produits agricoles, l’azote, le dioxyde de carbone et le sel marin. (Circulytics – Definitions List – Ellen MacArthur Foundation).
⁴ Réemploi: utilisation répétée d’un produit ou d’un composant pour son usage initial, sans modification majeure, mais après nettoyage ou légers ajustements pour permettre un nouvel usage (Circulytics – Definitions List – Ellen MacArthur Foundation).
⁵ Secteur des services à faible empreinte : entreprise dont le chiffre d’affaires provient de la fourniture de services immatériels. Ces entreprises ne vendent pas de produits physiques et ne possèdent ni n’exploitent de site de vente au détail, de commerce de gros ou d’installation de production (exemples : cabinets d’avocats, agences de marketing ou de communication, entreprises de logiciels). Ce secteur correspond à l’une des catégories sectorielles de la certification B Corp.