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Libérer une compétitivité fondée sur l’impact : quatre leviers pour faire de la durabilité un avantage structurel en Europe

12/06

Un nouveau policy paper de B Lab, élaboré avec plus de 20 B Corp à travers l’Europe, montre comment l’Union Européenne (UE) peut faire des entreprises à impact un véritable avantage compétitif structurel, et ce qu’il faudra mettre en place pour y parvenir. 

Découvrez le rapport complet

Un moment de résilience que l’Europe ne peut pas se permettre de gâcher

En Europe, la “résilience” n’est plus un concept lointain : elle s’invite désormais dans la vie quotidienne de chacun et chacune. On en ressent les effets très concrètement: sur les factures d’électricité, le coût de chauffage du logement, ou encore sur les prix à la caisse du supermarché.

Les chocs énergétiques successifs ont mis une chose en évidence: quand notre économie manque de résilience, tout le monde finit par le payer. Cela se voit dans le budget des paniers de courses, dans l’emploi ainsi que dans la qualité de vie que nous pourrons réellement garantir aux générations futures. 

A chaque secousse en Europe, la réponse est globalement la même: accélérer la transition écologique, réduire nos dépendances, bâtir un modèle économique plus robuste.
Et à chaque fois, les entreprises déjà engagées dans cette direction se retrouvent pourtant à jouer selon les mêmes règles que toutes les autres.  

Chez B Lab, nous pensons qu’il faut aller au-delà d’un simple sursaut d’ambition. Il faut passer à l’activation. La Commission européenne décrit désormais la compétitivité comme étant durable, innovante et résiliente — et les débats récents montrent un glissement progressif d’une approche centrée uniquement sur la régulation vers des cadres “habilitants” qui aideraient concrètement les entreprises à porter la transition écologique et sociale.

Nous partageons cette orientation. Et nous apportons des preuves issues de plus de 2,500 B Corp européennes — de tous secteurs, tailles et Etat membres —qui construisent déjà cet avenir au quotidien.

Notre nouveau policy paper pose une question simple, mais urgente: 

Comment l’Union Européenne peut-elle passer de l’ambition à l’activation — et faire des entreprises qui contribuent déjà à ses objectifs de résilience, d’innovation et de durabilité un véritable atout pour l’économie et la société européennes? 

Notre message central: l’Europe a déjà les entreprises dont elle a besoin

L’UE dispose déjà d’un avantage compétitif qu’elle n’active pas encore pleinement. 

Partout en Europe, des entreprises engagées développent les modèles économiques que l’UE appelle de ses vœux: chaînes de valeur raccourcies, approvisionnements responsables, modèles circulaires, conditions de travail justes, gouvernance de long terme orientée vers l’ensemble des parties prenantes. Elles n’attendent pas que la réglementation les y oblige : elles ont déjà pris de l’avance.

Mais aujourd’hui, faire ce qui est juste n’est toujours pas un avantage compétitif structurel en Europe.

C’est ce décalage que ce policy paper — co‑construit avec plus de 20 B Corp ainsi que des expertes et experts de l’écosystème en Belgique, Espagne, Allemagne, France, Italie, Pays‑Bas, Finlande, Suède, Irlande, Luxembourg, mais aussi des entreprises opérant à l’échelle européenne et mondiale — cherche à combler.

“Depuis des années, les politiques européennes se sont surtout concentrées sur la pénalisation des mauvaises pratiques. La prochaine étape, c’est de récompenser celles qui sont exemplaires. Les entreprises qui font déjà ce travail sont là — elles ont besoin d’un système qui les reconnaisse.”

— Carlota de Paula Coelho, Senior Policy Manager, B Lab 

Le problème : aujourd’hui, faire ce qui est juste reste un désavantage économique

Sur les marchés actuels, les entreprises à impact se retrouvent souvent pénalisées pour les pratiques mêmes que l’UE demande à toutes d’adopter.

Beaucoup d’entre elles :

  • paient plus cher des intrants plus propres ou locaux, là où leurs concurrents recourent à des options moins coûteuses et plus extractives ;
  • investissent dans de meilleurs emplois et des standards plus élevés, sans que ces efforts ne soient réellement pris en compte dans l’attribution des marchés ou dans le coût de leur financement ;
  • consacrent davantage de temps et d’argent à prouver ce qu’elles font, pendant que d’autres se contentent d’allégations générales en matière de durabilité, rarement vérifiées.

Résultat : un système déséquilibré, où les entreprises qui internalisent les coûts sociaux et environnementaux se retrouvent avec des marges plus serrées et une complexité accrue par rapport à celles qui les externalisent. La conduite responsable des affaires n’est pas encore compétitive par nature.

Ce constat vaut pour les B Corps de toutes tailles — des grands groupes aux micro‑entreprises. Mais les plus exposées sont les petites structures, qui disposent de moins de ressources juridiques ou réglementaires en interne et d’une marge de manœuvre financière plus limitée pour absorber les coûts et l’incertitude.

“En tant qu’entreprise qui utilise moins de 2 % de matières synthétiques vierges dans ses collections, qui produit tous ses vêtements en Europe et qui fonctionne en précommande — ce qui réduit nos émissions jusqu’à 20 % par rapport au e‑commerce classique — TWOTHIRDS opère avec des marges bien plus serrées que les marques de fast fashion. La durabilité est au cœur de notre mission et de notre modèle d’affaires, mais cela ne nous donne pas automatiquement un avantage concurrentiel face à des acteurs qui se défaussent de leurs responsabilités. C’est pourquoi la politique publique doit rééquilibrer les règles du jeu et prioriser les modèles qui portent un changement réel et structurel.”

— Nick Owen, Sustainability Manager, TWOTHIRDS (slow fashion, Espagne)


Trois verrous structurels qui freinent l’Europe

Au fil de trois sessions de travail structurées et de contributions écrites de B Corps, notre document met en lumière trois grands freins qui limitent aujourd’hui la capacité des entreprises engagées à contribuer à l’économie européenne à la hauteur de leur potentiel.

1. Pas de “maison” juridique claire

La gouvernance orientée mission ne bénéficie d’aucune reconnaissance harmonisée au niveau européen. Le paysage juridique est morcelé : società benefit en Italie, société à mission en France, sociedad de beneficio e interés común en Espagne… avec peu de clarté pour les activités transfrontalières. Dans plusieurs États membres, il n’existe tout simplement aucune forme juridique dédiée.

“Le Portugal ne propose actuellement aucune structure juridique pour les entreprises à impact. Un cadre volontaire à l’échelle de l’UE pour les entreprises à mission renforcerait notre engagement de long terme, en ancrant formellement l’impact social aux côtés de la croissance durable et des objectifs financiers.”

— João Magalhães, CEO, Code for All_ (éducation au numérique, Portugal)

2. Peu ou pas de reconnaissance par le marché

Les modèles d’affaires responsables doivent composer avec des marges plus faibles et une croissance souvent plus lente, sans véritables signaux de demande et avec un traitement inégal dans la commande publique — même lorsque leur modèle contribue directement aux objectifs de transition de l’UE.

“Les marchés publics sont souvent structurés de manière à favoriser mécaniquement les très gros acteurs. Lots de grande taille, exigences de chiffre d’affaires très élevées et pondération dominante du prix rendent la compétition difficile pour les entreprises innovantes et engagées dans la durabilité. Sans cadres d’achat public qui reconnaissent des résultats de durabilité vérifiés, les entreprises responsables risquent d’être désavantagées, alors même qu’elles contribuent directement aux objectifs des politiques publiques.”

— Alexandra Morton, ex-Managing Director, Infarm (agriculture verticale, Allemagne)

3. Un manque de clarté sur la communication en matière de durabilité

Les règles encadrant les messages de durabilité restent floues — en particulier après le blocage de la directive sur les allégations environnementales (Green Claims Directive). Faute de lignes directrices claires, pionniers et retardataires risquent d’être mis dans le même panier, tandis que les entreprises responsables font face à une incertitude juridique croissante lorsqu’elles communiquent leurs engagements.

“En tant que petite entreprise de produits alimentaires végétaux, Jalofoods soutient pleinement l’ambition de la législation européenne sur la durabilité. Mais la multiplication et la complexité des règles européennes sont devenues l’un des principaux risques pour la continuité de notre activité. En tant que PME, nous n’avons pas les ressources pour gérer des exigences complexes, mouvantes et éparpillées dans de multiples cadres — ce qui détourne notre énergie de l’innovation et de la croissance”

— Jouko Riihimäki, Managing Director, Jalofoods (alimentation végétale, Finlande)


Notre réponse : quatre mesures proportionnées, qui changent la donne

Il ne s’agit pas ici de réclamer « toujours plus » de réglementation. Au contraire : nous plaidons pour une mise en œuvre plus intelligente et pour quelques mesures volontaires, proportionnées et réellement facilitatrices, qui permettraient aux entreprises responsables de concourir sur des bases plus équitables.

1. Une gouvernance alignée sur le long terme

Mettre en place un cadre volontaire, à l’échelle de l’UE, permettant d’intégrer la mission et la gouvernance des parties prenantes dans tout le marché unique — en s’appuyant sur les dispositifs nationaux existants, sans remettre en cause les droits nationaux des sociétés.

2. Activer pleinement la commande publique

Réformer la commande publique pour clarifier la possibilité, pour les autorités adjudicatrices, de s’appuyer sur des systèmes de durabilité crédibles et vérifiés par des tiers, et ainsi de récompenser les impacts démontrés plutôt que de se fonder sur des allégations vertes générales.

“Les procédures de passation de marchés publics appliquent souvent les critères de durabilité de façon inégale en Europe, ce qui complique la tâche des entreprises à mission, même lorsqu’elles sont vérifiées par des tiers, pour faire valoir leur valeur ajoutée. Les changements proposés apportent des signaux d’éligibilité plus clairs et plus fiables, et aident les acheteurs publics à reconnaître et récompenser les organisations qui présentent des performances sociales et environnementales éprouvées.”

— Hélène de Laguiche, Senior Certification Manager, Danone (agroalimentaire, groupe mondial)

3. Une finance qui valorise réellement l’impact

Faciliter l’accès aux financements européens, notamment à travers le Fonds européen pour la compétitivité, avec des critères d’éligibilité fondés sur l’impact et des instruments adaptés aux PME, alignés sur des plans de transition crédibles.

4. Une application « intelligente », proportionnée aux risques

Sanctionner fermement les cas manifestes d’écoblanchiment, tout en protégeant les communications faites de bonne foi sur la durabilité, grâce à des orientations pratiques pour la directive sur l’autonomisation des consommateurs (Empowering Consumers Directive). Quand le bruit persiste et que les voix crédibles s’effacent, l’autonomisation des consommateurs échoue.

Aucune de ces mesures ne nécessite de nouveaux mandats. Toutes supposent, en revanche, un choix politique clair.


Un choix, pas une contrainte

Si l’Europe veut rester un leader mondial crédible en matière de durabilité, elle doit se doter de cadres politiques qui permettent véritablement aux entreprises responsables de prospérer. Comme le montre notre paper, les entreprises à impact à travers le continent expérimentent déjà des modèles innovants qui intègrent la valeur sociale et environnementale au cœur de leur stratégie. Pourtant, des barrières structurelles continuent de brider leur changement d’échelle.

Combler ce fossé est une question de choix.

En reconnaissant la gouvernance à mission, en récompensant l’impact vérifié dans la commande publique, en alignant l’accès au financement et en assurant une mise en œuvre intelligente, fondée sur les risques, des règles de communication sur la durabilité, l’UE peut rendre la durabilité structurellement compétitive.

Ce faisant, elle ne se contenterait pas de soutenir la croissance des entreprises responsables. Elle conforterait aussi la position de l’Europe comme pôle mondial de modèles économiques crédibles, innovants et à fort impact, et renforcerait sa légitimité comme leader de la durabilité dans un contexte géopolitique et économique en plein mouvement.

L’UE a déjà les entreprises. Il lui manque encore certains leviers. L’avantage compétitif est là — il est temps de l’activer.

À la communauté B Corp : votre plaidoyer, en actes

Si vous lisez cet article en tant que membre de notre communauté, ce policy paper est aussi le vôtre. Votre engagement l’a inspiré, vos réalités de terrain l’ont ancré, et votre volonté de partager les défis que vous rencontrez — incertitude juridique, marges resserrées, risques de communication dans un paysage réglementaire mouvant — l’a rendu possible.

Nous vous entendons. Nous voyons l’ampleur de votre engagement et les pressions que vous affrontez au quotidien. Ensemble, nous pouvons faire en sorte que les politiques européennes reconnaissent et récompensent cet engagement, et qu’elles soutiennent un leadership crédible en matière de durabilité au lieu de brouiller la ligne entre pionniers et suiveurs.

C’est à cela que ressemble le plaidoyer lorsqu’il part de la pratique.


Pour aller plus loin:

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