Thématique d’impact : Action Climatique (AC)
Thématique d’impact des nouveaux standards de B Lab : Action Climatique (AC). Par Brigitta Nemes, Senior Environmental and Governance Standards Manager.
Depuis 2006, les standards établis par B Lab définissent les performances qu’une entreprise doit atteindre et améliorer en continu pour obtenir et conserver la certification B Corp. Ils ont évolué au fil des années pour renforcer leur impact et clarifier ce que signifie être une entreprise à impact positif, en intégrant les retours d’une large diversité de parties prenantes.
Aujourd’hui, les nouveaux standards de B Lab s’articulent autour de sept thématiques d’impact. Pour répondre à leurs objectifs, ils fixent des exigences minimales et spécifiques dans chacune de ces thématiques. Conçus dans la continuité des standards existants, ils introduisent de nouvelles thématiques d’impact et font évoluer certaines exigences déjà en place, afin de renforcer l’impact positif des entreprises.
Ils incarnent le principe fondateur de la communauté B Corp : l’amélioration continue.
Décrivez la thématique d’impact en quelques mots :
Dans le cadre de la thématique d’impact Action Climatique, les entreprises élaborent un plan d’action visant à contribuer à la limitation du réchauffement climatique à 1,5 °C, et les grandes entreprises y intègrent la mesure de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) ainsi que des objectifs de réduction alignés sur les connaissances scientifiques et validés.
Quel est l’objectif de cette thématique d’impact, et pourquoi est-elle essentielle aujourd’hui ?
Ces dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées sur Terre (avec 2024 confirmée comme l’année la plus chaude jamais enregistrée à ce jour). Les effets de la crise climatique vont continuer de s’intensifier, rendant des phénomènes comme les sécheresses, les ouragans ou les inondations plus violents et plus imprévisibles.
Malgré une prise de conscience croissante et des engagements mondiaux, les promesses actuelles des gouvernements pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont loin d’être suffisantes. Selon les dernières données scientifiques, le monde se dirige vers une réduction de seulement 2,6 % des émissions d’ici 2030 (par rapport aux niveaux de 2019), bien en deçà des 43 % nécessaires pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C d’ici la fin du siècle. Il est désormais largement reconnu que la crise climatique, la santé des écosystèmes et le bien-être humain sont profondément liés. Aucun individu ni aucune entreprise ne peut prospérer si les changements irréversibles liés à la crise climatique rendent les sociétés instables et la planète invivable. Agir face à la crise climatique et à ses conséquences est donc un impératif pour les entreprises.
Si l’on se concentre sur l’action climatique des entreprises, des progrès sont visibles dans la réduction des émissions. Cependant, à l’image des efforts gouvernementaux, l’ampleur et la portée de ces actions restent insuffisantes face à l’urgence. La thématique d’impact Action Climatique vise à accélérer des progrès mesurables, pour que les entreprises contribuent de manière significative à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C et à atteindre la neutralité mondiale des émissions de gaz à effet de serre¹ d’ici 2050.
Comment cette thématique a-t-elle évolué au fil du processus d’élaboration, et quels éléments ont influencé ces évolutions ?
La mesure des émissions de gaz à effet de serre (GES) n’a pas toujours été une priorité pour toutes les entreprises au cours de la dernière décennie. Mais la pression réglementaire s’intensifie dans plusieurs régions du monde – du Costa Rica à l’Europe en passant par le Japon – et impose désormais aux grandes entreprises de mesurer et de publier leurs émissions.
Si la publication des émissions de gaz à effet de serre (GES) est une étape essentielle vers plus de transparence, les allégations environnementales des entreprises, en particulier celles liées à la réduction des émissions de GES, font l’objet d’une vigilance accrue. Par exemple, la directive européenne sur les allégations environnementales (« Green Claims Directive ») exige désormais que ces déclarations soient étayées par des données scientifiques vérifiables.
Face à l’évolution de ce contexte et à l’urgence croissante de la crise climatique, la nouvelle thématique d’impact Action Climatique exige des grandes entreprises qu’elles définissent des objectifs de réduction alignés sur les connaissances scientifiques pour leurs émissions de Scope 1, 2 et 3². Pour garantir la crédibilité de ces objectifs et l’exactitude de leurs déclarations, les entreprises devront faire vérifier leurs bilans d’émissions de GES par un organisme tiers accrédité. Leurs objectifs devront également être validés par la Science Based Targets initiative (SBTi) ou vérifiés par un Organisme Tiers Indépendant (OTI).
Agir face au changement climatique n’est pas seulement un impératif environnemental : c’est aussi devenu une nécessité pour les entreprises. Face à l’urgence climatique, il est essentiel que les petites et moyennes entreprises (PME) passent à l’action dès maintenant, plutôt que de retarder leurs efforts en attendant de disposer de mesures parfaites de leurs émissions. La mesure des émissions de gaz à effet de serre (GES) peut représenter un effort conséquent pour les petites entreprises. Ces dernières s’exposent également à un risque d’écoblanchiment si elles définissent des objectifs sans s’appuyer sur des données d’émissions précises et vérifiées.
Cette thématique d’impact met donc l’accent sur le passage à l’action et demande aux petites entreprises d’élaborer un plan d’action climatique assorti d’objectifs mesurables. Ces objectifs ne nécessitent pas forcément de mesurer leurs émissions de GES, mais doivent tout de même témoigner de leur engagement en faveur de l’Accord de Paris. L’essentiel est que les entreprises mettent en place des actions concrètes et suivent leurs progrès, sans attendre de disposer de données d’émissions parfaites. Pour les petites entreprises, les principaux leviers d’action concerneront souvent les déplacements professionnels, les achats de biens et services et le transport.
Par exemple, les PME peuvent :
- mettre en place une politique de déplacements responsables et suivre la réduction des vols professionnels ;
- privilégier des matériaux issus de sources durables.
Par ailleurs, les PME doivent publier leur plan d’action climatique ainsi que les progrès réalisés, afin de garantir la crédibilité de leurs démarches et en rendre compte auprès de leurs parties prenantes.
Quelles sont les exigences de cette thématique d’impact qui vous semblent les plus impactantes – et pourquoi ?
Certaines exigences de cette thématique sont particulièrement structurantes. L’une des plus significatives est l’alignement attendu entre l’ambition climatique de l’entreprise et ses actions de plaidoyer. Cette cohérence est essentielle dans un contexte où les entreprises sont de plus en plus appelées à jouer un rôle moteur dans l’évolution des politiques climatiques (voir notamment le AAA Framework for Climate Policy Leadership de l’Environmental Defense Fund ou les 4 A’s of Climate Leadership – Policy). L’accent mis sur la transition juste est également déterminant. Ce sujet, qui prend une importance croissante, joue un rôle clé pour s’assurer que l’action climatique soit conduite de manière équitable et inclusive, au bénéfice de l’ensemble des parties prenantes (Just transition Climate Transition Action Plans, 2022 – Guidance, We Mean Business Coalition).
En quoi cette nouvelle thématique d’impact s’inscrit-elle dans la continuité des standards existants ?
Cette nouvelle thématique d’impact s’appuie sur les pratiques d’action climatique déjà présentes dans les standards existants, telles que la mesure des émissions de GES, la définition d’objectifs (alignés sur les connaissances scientifiques), la réduction des émissions et la publication des progrès réalisés. Ces éléments de base restent au cœur des exigences, mais ils sont désormais intégrés dans une approche plus ambitieuse et tournée vers l’action.
Quels sont les principaux axes de progression pour les entreprises ?
Les petites entreprises ont souvent déjà engagé des actions pour réduire leurs émissions, sans toujours disposer de plans formalisés. Cette nouvelle thématique d’impact les encourage à identifier les principaux leviers dans leurs activités et leurs chaînes de valeur pour contribuer à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, et à fixer des objectifs pertinents et mesurables.
À l’inverse, les grandes entreprises disposent le plus souvent de plans de transition climatique déjà structurés. En revanche, des sujets comme la transition juste restent encore émergents pour beaucoup d’entre elles et nécessitent une attention renforcée, afin de garantir que ces plans soient équitables et inclusifs pour les parties prenantes potentiellement affectées.
Quel conseil clé donner aux entreprises engagées dans la mise en œuvre des nouveaux standards et notamment sur cette thématique ?
Petites entreprises :
Explorer les ressources pour la mise en œuvre : des plateformes comme le SME Climate Hub proposent de nombreux outils pratiques ainsi qu’un parcours de formation gratuit disponible en plusieurs langues. [AR] [EN] [ES].
S’engager au sein de sa communauté économique locale : collaborer avec d’autres entreprises pour élaborer et mettre en œuvre son plan d’action climatique. (Cette démarche peut également être considérée comme une action collective dans le cadre de la thématique d’impact Affaires Publiques et Action Collective.)
Mobiliser des outils pour engager ses fournisseurs :
- Supplier Engagement Guide (Exponential Roadmap Initiative) [EN]
- 1.5°C Business Playbook, 2023 (Exponential Roadmap Initiative) [EN]
- Net-Zero Ambition Assessment Tool (Sustainability Advantage) [EN]
- Net Zero Procurement Toolkit (Sustainability Advantage) [EN]
Grandes entreprises :
Consulter les ressources pour la mise en œuvre sur la transition juste. Commencer par identifier :
- les parties prenantes susceptibles d’être affectées par le plan de transition climatique de l’entreprise ;
- les parties prenantes les plus vulnérables aux effets du changement climatique.
1 Neutralité carbone (émissions nettes nulles de gaz à effet de serre) : situation dans laquelle les émissions de CO₂ d’origine humaine sont équilibrées à l’échelle mondiale par des absorptions de CO₂ d’origine humaine, sur une période donnée. (IPCC)
2 Émissions de Scope 1, 2 et 3 : Émissions de Scope 1 : émissions directes provenant de sources possédées ou contrôlées par l’entreprise, notamment la combustion de carburants tels que le gaz naturel, le diesel ou l’essence dans les usines, les flottes de véhicules et les bâtiments administratifs. Émissions de Scope 2 : émissions indirectes liées à la production d’énergie achetée (électricité, chaleur ou vapeur). Émissions de Scope 3 : toutes les autres émissions indirectes (non incluses dans le Scope 2) qui se produisent dans la chaîne de valeur de l’entreprise, en amont comme en aval. Cela inclut notamment l’extraction et la production des matériaux et carburants achetés, les transports réalisés par des véhicules non possédés ou contrôlés par l’entreprise (y compris les déplacements des collaborateurs et collaboratrices, la gestion et la distribution des produits), les activités externalisées, la gestion des déchets, l’utilisation des produits par les clients, etc. Le GHG Protocol Corporate Standard identifie 15 catégories d’émissions de Scope 3, détaillées dans le GHG Protocol Corporate Value Chain (Scope 3) Accounting and Reporting Standard. (Adapté du GHG Protocol Corporate Standard)
3 Transition juste : pour relever les défis environnementaux majeurs tels que le changement climatique, la pollution et la perte massive de biodiversité, les nations et les entreprises doivent opérer une transition vers des économies et des sociétés plus vertes, résilientes et neutres en carbone. La transition juste consiste à verdir l’économie de manière aussi équitable et inclusive que possible pour toutes les parties concernées, en créant des emplois décents et en veillant à ce que personne ne soit laissé pour compte. (OIT)